Petit retour sur la réunion bilan du 14 oct à l'Hôtel de Ville sur la qualité de l'air en Provence.

Le but de cette réunion était de nous présenter les résultats de l'étude Eqis (évaluation quantitative des impacts sur la santé) menée conjointement par l'Agence régionale de santé, l'Observatoire régional de la santé, Santé publique France et le CNRS, le tout piloté par la Ville de Marseille. 

Eqis existe depuis 1999 et s'intéresse à toutes les pollutions et nuisances, y compris par exemple le bruit. On peut trouver sur www.santépubliquefrance.fr à la fois des guides techniques et des propositions de formations.

Différents techniciens et chercheurs nous ont expliqué tour à tour leurs sources, leurs méthodes et leurs résultats.

A partir de quelles données ont-ils travaillé ? Ils ont eu accès à des données démographiques (INSEE), à des relevés sur la qualité de l'air (ATMO) et à des données de santé (ARS, ORS, SPF...), ces dernières étant toutes anonymisées. Ces données étant le plus souvent des moyennes annuelles. Quid des pics de pollution qui sont noyés dans ces moyennes annuelles ? demandera un participant. Réponse : cette étude porte sur l'exposition chronique la plus dangereuse pour la santé, en termes de morbidité et de pathologies.

Ils ont mené leur étude de façon participative. Il y a eu un certain nombre d'ateliers incluant des associations et des citoyens pour partager des informations, des questions et élaborer des scénarios. L'objectif étant de créer par la suite une instance de dialogue perenne incluant des étudiants et des citoyens.

Il semblerait que, lors de ces ateliers, certains auraient demandé des analyses ciblées sur des zones industrielles. Mais que "pour des raisons techniques et méthodologiques" cela n'a pas été retenu. Je suis revenue sur ce point car l'impact sanitaire de certaines activités polluantes doit être pointé pour pouvoir être sanctionné le cas échéant, et amélioré. En fait, certaines associations y travaillent activement. Suite à mon intervention, Richard Hardouin, le président de l'association France Nature Environnement Bouches-du-Rhône est venu me voir pendant la pause et m'a raconté et décrit plusieurs actions menées avec des comités de citoyens.

Quand on compare les résultats sur notre ville entre 2014 et 2024, il y a des avancées certaines, c'est-à-dire une amélioration quantifiable de la qualité de l'air à Marseille. Mais d'une part, il y a des disparités selon les quartiers et d'autre part, malgré ces avancées, nous sommes encore loin des limites des recommandations européennes, et encore plus loin des recommandations de l'OMS qui sont beaucoup plus exigeantes.

Sur la qualité de l'air, deux points particuliers sont analysés : le dioxyde d'azote (NO2) et les particules fines.

En terme de NO2, j'ai noté que 53 % provenait du transport maritime, 31 % du transport routier et seulement 8 % de l'industrie.

En ce qui concerne les particules fines, elles proviennent essentiellement du transport routier (pots d'échappement mais aussi usure des équipements) et du chauffage résidentiel au bois. Mais aucune analyse n'est faite à ce jour sur les particules extra fines ; or nombre d'entre elles proviennent du transport maritime.

De plus l'impact maritime est différent bien sûr selon la météo (si les brises vont vers la mer ou la terre) mais aussi comment on le prend en compte en termes de temporalité et d'espace. En effet, il s'agit d'un phénomène intense mais court (rarement plus de 10 mn), donc la moyenne annuelle n'est pas vraiment adaptée. Avec un panache qui s'étend le plus souvent entre 10 et 100 m aux alentours et une composition chimique très différente selon les bateaux. Les résultats seront affinés prochainement, en liaison avec le port qui va installer de nouveaux capteurs plus nombreux et plus performants.

J'ai appris un terme technique : le fardeau. Cela revient à quantifier le bienfait à l'échelle de la ville s'il y avait zéro pollution. Autrement dit ce que coûte cette pollution chimique.

Toutes causes confondues, il semble que le fardeau soit de 780 décès par an liés aux particules fines et 440 liés au NO2. Je n'ai pas noté le chiffrage des pathologies, mais sachez qu'elles ne sont pas seulement respiratoires mais aussi cardio-vasculaires et métaboliques (diabète).

En terme d'économie, c'est-à-dire de dépenses santé, de perte de production ou de perte de bien être, le fardeau est évalué à plus d'un million d'euros.

Les résultats, bien qu'issus d'une méthode rigoureuse, sont forcément des ordres de grandeur avec des incertitudes ; s'ils prennent en compte les décès et un grand nombre de pathologies, ils ne prennent pas en compte les effets de stress ou les conséquences génétiques. Mais ils justifient pleinement qu'on engage des actions pour améliorer la qualité de l'air.

Pour le CIQ 

Aline